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BNC ou SELARL : la question à 20 000 € par an.

Tous les médecins se la posent un jour, souvent sur un parking de clinique après une discussion avec un confrère : « tu devrais passer en société ». Parfois c’est vrai, parfois c’est un contresens coûteux. La réponse tient dans un seul chiffre : ce que vous gagnez au-delà de ce que vous dépensez pour vivre. Voici le raisonnement complet, avec les paramètres 2026.

Le BNC : simple, lisible, et intégralement imposé

En exercice individuel, votre bénéfice est imposé à l’impôt sur le revenu l’année où il est réalisé, que vous le dépensiez ou non. Avec une tranche marginale à 41 % ou 45 % plus les cotisations, chaque euro gagné au-delà de vos besoins est lourdement ponctionné avant même d’être épargné. C’est le vrai problème du BNC pour les gros revenus : il ne connaît pas la différence entre ce que vous consommez et ce que vous capitalisez.

Au régime micro-BNC, accessible jusqu’à 83 600 € de recettes, l’abattement forfaitaire de 34 % remplace vos frais réels. Or les charges réelles d’un médecin secteur 1 dépassent souvent ce forfait : URSSAF, CARMF, RCP, local, matériel. Sur ce point, notre comparateur micro-BNC ou frais réels tranche en deux minutes, et notre note sur le piège des 34 % détaille le mécanisme.

La SELARL : l’écran de l’impôt sur les sociétés

En SELARL, le bénéfice est imposé à l’IS : 15 % jusqu’à 42 500 €, 25 % au-delà. Vous vous versez une rémunération, déductible, imposée classiquement, et vous laissez le surplus dans la société, où il n’a supporté que l’IS. C’est ce différentiel qui finance un plateau technique, le rachat de parts de clinique, ou une épargne investie via une holding.

83 600 €plafond de recettes du micro-BNC pour 2026 à 2028
15 % / 25 %l’impôt sur les sociétés, taux réduit jusqu’à 42 500 € de bénéfice
31,4 %la flat tax 2026 sur les dividendes, contre 30 % auparavant

La sortie en dividendes, elle, coûte la flat tax de 31,4 % depuis le 1er janvier 2026, avec en SELARL une particularité qui pique : la fraction de dividendes excédant 10 % du capital supporte en plus les cotisations sociales du gérant majoritaire. La SELARL est donc un outil de capitalisation, pas un outil de distribution.

La règle de décision, en une phrase

La société devient intéressante quand vous laissez durablement dans l’entreprise plus de 30 000 à 40 000 € par an après votre train de vie. En dessous, ses coûts fixes, comptabilité renforcée, assemblées, formalités, soit 2 000 à 4 000 € par an, mangent le gain fiscal. Au-dessus, l’écart se creuse chaque année en faveur de la SELARL, et il se compte vite en dizaines de milliers d’euros sur une carrière.

Notre simulateur rémunération ou dividendes permet de tester le couple rémunération et distribution sur vos propres chiffres.

Ce que le passage en société change aussi

  1. Les cotisations retraite. La CARMF calcule sur la rémunération et sur une partie des dividendes : baisser fortement sa rémunération réduit aussi les droits futurs. L’arbitrage se fait retraite comprise, pas sur le seul impôt de l’année.
  2. La déontologie. La SELARL de médecin obéit au code de la santé publique et au contrôle de l’Ordre : détention du capital, conventions, cumuls. Le montage se valide avant, pas après.
  3. Le passage lui-même. Apport du droit de présentation de la patientèle, éventuel commissaire aux apports, fiscalité de l’apport : l’opération se prépare sur un exercice complet, idéalement calée sur votre date de clôture.
  4. Le retour en arrière. Il est coûteux. On ne passe pas en société pour essayer ; on y passe parce que le calcul le justifie durablement.

Les trois profils, en pratique

Le remplaçant ou le jeune installé sous 83 600 € de recettes : micro-BNC ou déclaration contrôlée selon les charges réelles, et la société attendra. Le secteur 1 installé autour de 120 000 € de bénéfice qui consomme l’essentiel : la déclaration contrôlée bien optimisée fait souvent jeu égal. Le secteur 2 ou le praticien à plateau technique qui dégage un excédent durable : c’est le profil SELARL, éventuellement complété d’une holding le jour où les excédents deviennent importants.

Questions fréquentes

Quel est le plafond du micro-BNC en 2026 ?
83 600 € de recettes annuelles, pour les années 2026 à 2028, avec un abattement forfaitaire de 34 % représentatif des frais. Si vos charges réelles dépassent 34 % de vos recettes, la déclaration contrôlée est plus avantageuse, même sous le plafond.
À partir de quel revenu la SELARL devient-elle intéressante ?
Le critère n’est pas le revenu mais l’excédent : ce que vous laissez durablement dans la structure après votre train de vie. À partir de 30 000 à 40 000 € d’excédent annuel, le différentiel entre l’impôt sur les sociétés et votre tranche marginale finance largement les coûts de la société.
Les dividendes de SELARL supportent-ils des cotisations sociales ?
Oui, pour le gérant majoritaire, sur la fraction qui excède 10 % du capital social, des primes d’émission et du compte courant. Les cotisations remplacent alors, sur cette fraction, les prélèvements sociaux de 18,6 % ; seul l’impôt de 12,8 % s’y ajoute. C’est pourquoi la SELARL sert d’abord à capitaliser à l’impôt sur les sociétés, pas à distribuer.
Le passage en SELARL réduit-il ma retraite CARMF ?
Il peut la réduire si la rémunération est fixée trop bas, puisque les cotisations, et donc les droits, se calculent sur elle et sur une partie des dividendes. L’optimisation se construit en intégrant la retraite, pas uniquement l’impôt de l’année en cours.
Combien coûte le fonctionnement d’une SELARL ?
Comptez 2 000 à 4 000 € par an entre la comptabilité d’engagement, l’approbation des comptes, les dépôts au greffe et les formalités. C’est le ticket d’entrée à comparer au gain fiscal annuel de votre situation, chiffres en main.

Article à jour au 1er septembre 2026. Sources : article 102 ter du code général des impôts et loi de finances pour 2026 pour le plafond micro-BNC de 83 600 € applicable de 2026 à 2028, article 219 pour les taux d’impôt sur les sociétés, loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 pour les prélèvements sociaux portant la flat tax à 31,4 %, article L. 131-6 du code de la sécurité sociale pour les dividendes du gérant majoritaire. Cet article ne remplace pas l’examen de votre situation.

Ilann Assaraf, expert-comptable et commissaire aux comptes

Ilann Assaraf

Expert-comptable et commissaire aux comptes, fondateur d’ELIA Expertise et Audit. Inscrit à l’Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France et sur la liste des commissaires aux comptes (H2A).

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