Ce que les 34 % couvrent vraiment
Au micro-BNC, vous êtes imposé sur 66 % de vos recettes : l’abattement forfaitaire de 34 % est réputé couvrir toutes vos charges. Toutes, c’est-à-dire le loyer du cabinet, le matériel, l’assurance responsabilité civile professionnelle, le véhicule, la comptabilité, la formation, et vos cotisations URSSAF et de retraite. Rien ne se déduit en plus, jamais. Pas d’amortissement, pas de déficit reportable, pas de redevance de collaboration.
Or faites le compte. Pour un professionnel de santé, les cotisations obligatoires représentent à elles seules de l’ordre de 15 à 22 % des recettes selon le statut et le conventionnement. Ajoutez un loyer, une assurance, des déplacements, et le total dépasse fréquemment 34 %. Chaque point au-dessus est un revenu que vous n’avez pas encaissé mais sur lequel vous payez l’impôt.
Les chiffres de 2026, tous vérifiés
Deux points méritent d’être soulignés. D’abord, le seuil fiscal du micro-BNC et le seuil de franchise de TVA n’ont rien à voir : on peut parfaitement être au micro-BNC à 70 000 € de recettes tout en facturant la TVA depuis le dépassement de 37 500 €. Le projet de seuil unique de TVA à 25 000 € a été abandonné et n’a pas été repris dans la loi de finances pour 2026. Ensuite, la trajectoire est claire : l’abattement est figé depuis toujours, le taux de cotisations monte régulièrement, année après année.
Le calcul qui tranche, en trois lignes
La règle est d’une simplicité redoutable. Si vos charges réelles, cotisations comprises, dépassent 34 % de vos recettes, le micro vous coûte de l’argent. En dessous, il vous en fait gagner, et sa simplicité vaut quelque chose.
Exemple. Un consultant encaisse 70 000 € et supporte 31 000 € de charges réelles, cotisations comprises, soit 44 % de ses recettes. Au micro, il est imposé sur 46 200 €. À la déclaration contrôlée, il l’est sur 39 000 €. L’écart de base imposable est de 7 200 €, soit environ 2 160 € d’impôt en trop chaque année dans une tranche à 30 %, auxquels s’ajoute l’effet sur les prélèvements sociaux. Année après année, cela finance largement une comptabilité.
Les trois signaux qui doivent vous faire sortir du micro
- Vous investissez. Achat de matériel, aménagement d’un local, véhicule professionnel : au micro, l’amortissement n’existe pas. Vous payez l’investissement avec de l’argent déjà imposé.
- Vous versez une redevance de collaboration. Fréquent chez les professionnels de santé et les avocats collaborateurs, ce versement représente souvent 20 à 30 % des recettes, et il n’est pas déductible au micro. C’est le cas le plus douloureux que nous rencontrons.
- Votre activité démarre fort. Une première année à 60 000 € avec des frais d’installation lourds génère souvent un déficit réel. Au micro, ce déficit n’existe pas et vous êtes imposé quand même.
Un quatrième signal, plus discret : la réduction d’impôt pour frais de comptabilité (article 199 quater B du CGI) a été supprimée à compter des revenus 2025. L’argument du coût de la déclaration contrôlée en est affaibli, mais l’écart d’imposition, lui, reste entier.
Comment on en sort, concrètement
L’option pour la déclaration contrôlée se formule auprès de votre service des impôts des entreprises, elle est valable un an et se reconduit tacitement. Elle vous fait passer à la déclaration 2035, avec une comptabilité de trésorerie tenue à l’année et un bilan de fin d’exercice. En pratique, cela signifie un cabinet qui tient vos pièces, calcule vos amortissements et sécurise vos déductions.
La bascule inverse existe aussi : certains professionnels ont tout intérêt à revenir au micro quand leurs charges s’effondrent, après un déménagement à domicile par exemple. Le bon régime n’est pas un choix définitif, c’est un arbitrage à refaire tous les deux ou trois ans.
Questions fréquentes
Quel est le seuil du micro-BNC en 2026 ?
À partir de quel niveau de charges faut-il quitter le micro-BNC ?
Mes cotisations URSSAF sont-elles déductibles au micro-BNC ?
Le seuil de TVA est-il le même que celui du micro-BNC ?
Que se passe-t-il si je dépasse 83 600 € ?
Article à jour au 1er septembre 2026. Sources : article 102 ter du Code général des impôts, loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026, barèmes de cotisations URSSAF et CIPAV en vigueur. Les taux de cotisations varient selon la caisse d’affiliation et le conventionnement. Cet article ne remplace pas l’examen de votre situation.

Ilann Assaraf
Expert-comptable et commissaire aux comptes, fondateur d’ELIA Expertise et Audit. Inscrit à l’Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France et sur la liste des commissaires aux comptes (H2A).
