Le seuil des 153 000 € de subventions publiques
L'article L. 612-4 du Code de commerce est le cas le plus connu : une association qui reçoit annuellement, d'autorités administratives ou d'établissements publics à caractère industriel et commercial, plus de 153 000 € de subventions en numéraire doit établir des comptes annuels complets (bilan, compte de résultat, annexe), les publier, et nommer au moins un commissaire aux comptes. Le montant est fixé par l'article D. 612-5.
Toute somme publique n'est pas une subvention
C'est la source d'erreur la plus fréquente. La CNCC a précisé que les sommes perçues au titre de contrats à durée déterminée d'insertion ne sont pas des subventions et n'entrent pas dans le calcul, alors que les aides versées dans le cadre de conventions conclues avec l'ARS et la CPAM, qui sont des contributions facultatives, y entrent. Les subventions européennes sont par ailleurs exclues du décompte. En cas de doute, le calcul se fait ligne à ligne, pas au total du compte 74.
Le seuil des 153 000 € de dons, distinct du précédent
Une association qui reçoit plus de 153 000 € de dons ouvrant droit à une réduction d'impôt pour les donateurs relève de la même obligation, en application du décret n° 2007-644 du 30 avril 2007.
Point capital : les deux seuils s'apprécient séparément et ne s'additionnent pas. Une association qui perçoit 100 000 € de subventions publiques et 80 000 € de dons, soit 180 000 € au total, n'est pas tenue de désigner un commissaire aux comptes à ce titre. C'est contre-intuitif, et c'est précisément ce qui trompe les trésoriers.
L'activité économique : deux seuils sur trois
Indépendamment des subventions, une association exerçant une activité économique doit nommer un commissaire aux comptes lorsqu'elle dépasse deux des trois critères de l'article L. 612-1 :
| Critère | Seuil |
|---|---|
| Nombre de salariés | 50 |
| Chiffre d'affaires ou ressources hors taxes | 3 100 000 € |
| Total du bilan | 1 550 000 € |
L'obligation s'apprécie sur l'exercice suivant celui du dépassement, et elle cesse lorsque deux des trois critères ne sont plus dépassés pendant deux exercices consécutifs.
Les cas de désignation liés au statut
Certaines structures relèvent de l'obligation par leur nature, quels que soient leurs montants : associations habilitées à accorder des prêts pour la création ou la reprise de petites entreprises, organismes collectant la participation des employeurs à l'effort de construction, associations agréées de surveillance de la qualité de l'air, associations gérant un fonds de solidarité pour le logement, fédérations de chasseurs, entre autres. Les fondations et fonds de dotation ont leurs propres régimes.
La nomination volontaire, plus fréquente qu'on ne croit
Beaucoup de financeurs, publics comme privés, exigent des comptes certifiés bien avant les seuils légaux. Une association qui vise une convention pluriannuelle, un mécénat d'entreprise ou un agrément a souvent intérêt à nommer un commissaire aux comptes de sa propre initiative : le coût est modeste au regard des financements qu'il sécurise.
Ce que l'audit associatif regarde en priorité
Les zones de risque d'une association ne sont pas celles d'une société commerciale. Nos travaux se concentrent sur des sujets propres au secteur :
| Zone examinée | Enjeu |
|---|---|
| Fonds dédiés | Suivi des financements affectés non encore utilisés, et de leur reprise en résultat |
| Subventions | Conditions d'octroi, respect des conventions, risque de reversement |
| Contributions volontaires en nature | Bénévolat, mises à disposition, prestations gratuites, valorisées en annexe |
| Legs et donations | Comptabilisation, biens reçus, obligations envers les donateurs |
| Sectorisation fiscale | Frontière entre activité non lucrative et activité lucrative, TVA et impôts commerciaux |
| Gouvernance | Conventions réglementées, remboursements de frais aux dirigeants, contrôle interne des recettes en espèces |
Ces travaux se chiffrent en volume d'heures : une association classique représente environ une trentaine d'heures, un multi-sites avec plusieurs financeurs bien davantage. Notre simulateur d'honoraires propose une estimation selon votre profil.
Sources : Code de commerce (Légifrance), décret n° 2024-152 du 28 février 2024 relevant les seuils de désignation, service-public.gouv.fr. Article rédigé et vérifié par Ilann Assaraf, expert-comptable et commissaire aux comptes inscrit à la CRCC de Paris. Mis à jour le 31 août 2026. Les seuils et procédures évoluent : la réglementation en vigueur au jour de votre opération fait foi.
Questions fréquentes
Associations : ce que les trésoriers nous demandent.
À partir de quel montant de subventions faut-il un commissaire aux comptes ?
Au-delà de 153 000 € de subventions publiques reçues annuellement, en application des articles L. 612-4 et D. 612-5 du Code de commerce. Les subventions européennes sont exclues du calcul, et toute somme d'origine publique n'est pas juridiquement une subvention.
Les subventions et les dons s'additionnent-ils pour atteindre 153 000 € ?
Non. Les deux seuils s'apprécient séparément. Une association recevant 100 000 € de subventions publiques et 80 000 € de dons ouvrant droit à réduction d'impôt n'est pas concernée à ce titre, malgré un total supérieur.
Une association sans subvention peut-elle être obligée de nommer un commissaire aux comptes ?
Oui, si elle exerce une activité économique et dépasse deux des trois seuils suivants : 50 salariés, 3 100 000 € de chiffre d'affaires ou de ressources, 1 550 000 € de total de bilan. Certaines structures y sont également tenues par leur statut.
Quand la nomination doit-elle intervenir ?
Sur l'exercice qui suit celui au cours duquel les seuils ont été dépassés. En pratique, il faut inscrire la désignation à l'ordre du jour d'une assemblée et prévoir un mandat de six exercices, ou de trois en audit légal petite entreprise.
Que risque une association qui ne nomme pas de commissaire aux comptes ?
Le défaut de désignation expose les dirigeants à des sanctions pénales, et prive l'association de comptes certifiés, ce que la plupart des financeurs publics exigent. Le risque financier, la perte d'une convention, dépasse souvent le risque juridique.

Ilann Assaraf
Expert-comptable et commissaire aux comptes, fondateur d’ELIA Expertise et Audit. Inscrit à l’Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France et sur la liste des commissaires aux comptes (H2A).
